Le showbiz vous tend la sébile
Quand le showbiz mendie pour les sinistrés, la générosité n'est pas en cause : c'est l’obscénité de ces moralistes en jet privé qui réclament des autres ce qu'ils épargnent à leur portefeuille.
Il aura donc fallu que le feu lèche les clôtures du Cap-Ferret, menace les piscines à débordement et fasse trembler les volets des résidences secondaires pour que le showbiz découvre soudain l’existence des forêts françaises. En 2022, lorsque la Gironde brûlait déjà par dizaines de milliers d’hectares, on entendit surtout les pompiers, les sinistrés et le crépitement des pins. Les « stars », elles, avaient manifestement d’autres tragédies à promouvoir.
Mais cette fois, horreur suprême : la catastrophe avait franchi le périphérique moral de la célébrité. Le brasier approchait de chez eux. Aussitôt, vidéos graves, regards humides, appels à la solidarité. Le nanti, encore secoué d’avoir failli perdre sa troisième salle de bains, se tourne vers le Français qui hésite entre remplir son réfrigérateur et son réservoir : « Donnez ! »
Qu’on se comprenne : lancer un appel
aux dons n’a rien de méprisable.
Donner aux sinistrés, soutenir les pompiers, secourir ceux qui ont perdu une maison, des souvenirs, parfois une vie entière, est une nécessité. Ce qui soulève le cœur, c’est l’estrade depuis laquelle ces Tartuffes nous font la leçon. C’est cette aristocratie de l’image qui transforme le drame en campagne d’autocélébration, sous couvert de solidarité déléguée.
Aurait-on vu le moindre trémolo si les flammes avaient ravagé la Creuse, la Lozère ou quelque canton oublié, dépourvu de villas d’acteurs, de restaurants courus et de plages à paparazzis ? Il est permis d’en douter : la compassion du showbiz a son cadastre, et il s’arrête là où s’arrêtent ses intérêts fonciers.
Comble du ridicule : selon le sermon officiel, le dérèglement climatique alimente ces brasiers ; selon le même sermon, les déplacements aériens contribuent à ce dérèglement. Or les stars ont fait du ciel leur boulevard et du kérosène leur parfum d’ambiance.
Ces gens déplorent donc les flammes
tout en chérissant le mode de vie qui,
dans leur propre récit climatique, les attise.
La formule attribuée à Bossuet retrouve ici toute sa splendeur : Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.
Qu’ils donnent. Largement. Mais discrètement.
Et qu’ils cessent surtout de nous tendre la sébile avec la main qui tient encore leur carte d’embarquement.



